Portraits

Le Gobelin du Ternois : un journal pour penser le monde (meilleur) de demain

Le Gobelin du Ternois, c’est d’abord une histoire d’amitié. Un délire né de soirées arrosées. Un rêve “vieux” de 2013 : créer un journal, “un média libre, indépendant et différent”, “un endroit où on pouvait dire ce qu’on voulait”. Pierre Vion et Romain Dezèque passent à l’action en 2017 et, en août, le rêve devient réalité.

Pierre Vion et Romain Dezèque sont tous deux natifs du Ternois. Cinq années les séparent mais c’est déjà le journalisme qui les rassemble, il y a presque vingt ans. Pierre rencontre Romain et ses copains lors des manifestations lycéennes contre le CPE (Contrat première embauche), alors qu’il est journaliste à l’Abeille de la Ternoise. Des liens se tissent, la musique et les jeux vidéos les unissent.

Au fil des ans, “j’ai un peu vadrouillé quand même, sourit le quadragénaire. Ca m’a donné une ouverture d’esprit d’aller voir ce qu’il se passait ailleurs et ça m’a finalement permis de voir tout le potentiel qu’on avait ici”. Son expérience de journaliste lui permet aussi de découvrir les initiatives sur d’autres territoires. Son métier, il l’a toujours exercé avec cette idée de liberté et d’indépendance, et l’envie de “dénoncer les gros qui se gavent et les petits qui crèvent”. Pierre est la plume. Romain, lui, est passionné de dessin. Alors, dans le Gobelin, il sera graphiste et illustrateur. Mais ce qu’il affectionne le plus, c’est le projet de fond, la réflexion sur la philosophie du journal, lui donner sa direction. “On veut être un phare dans la nuit.”

Faire du journalisme éthique et impactant

En 2017, les fondateurs se lancent. “Quand on a eu l’occasion de se créer une “safe place” à nous, où porter nos idées, prêcher pour un monde meilleur, j’ai foncé”, se souvient Romain. Pierre y va évidemment avec sa volonté de “faire du journalisme éthique et impactant”.

“On a créé ça bénévolement, raconte Pierre. On a agrégé les copains autour.” Pierre à la rédaction d’articles, Romain aux dessins et Gérard aux critiques ciné. “On a construit un blog de bric et de broc et c’était parti !” La mayonnaise a vite pris. “Le blog, la page Facebook… Et les gens ont re-partagé. Il y avait une demande, et c’était gratuit !” Romain confirme ce rapide succès : “C’était très local, ça parlait aux gens.” Le local : un des credos du duo. “Le Ternois, c’est un territoire bien identifié, avec des habitants qui aiment leur territoire, mais aussi beaucoup dévalorisé, notamment par les habitants eux-mêmes. L’idée, c’était de dire qu’il y avait plein de choses, des gens bien qui font des choses bien, valoriser tout ça.”

“Notre idée de base, c’était de créer un journal gratuit pour le rendre accessible au plus grand nombre, d’éclairer et d’alimenter le débat.”

Pierre et Romain

Un autre atout du journal : la présence sur de multiples plateformes, comme Youtube et Twitch. “Notre but était aussi d’essayer de ré-intéresser les jeunes aux infos”, avance Romain. Et Pierre d’ajouter : “On se définissait aussi comme un journal évolutif.” Avec le temps, le Gobelin se structure et se professionnalise : d’abord en association, puis en Scop (Société coopérative et participative), et bientôt en Scic (Société coopérative d’intérêt collectif).

Derrière le journal en ligne, une ambition plus profonde nourrit les amis : “Notre idée de base, c’était de créer un journal gratuit pour le rendre accessible au plus grand nombre, d’éclairer et d’alimenter le débat”, avec l’envie que les gens se ré-intéressent à ce qui se passe autour d’eux.

Apporter du fun et semer les graines du monde de demain

Presque sept ans après le lancement du média, le bilan humain est plutôt positif. “Je pense qu’il y a plein de petites choses pas forcément mesurables qui ont découlé du journal et que le monde serait pire s’il n’y avait pas le Gobelin”, sourit Pierre.

Et c’est maintenant le magazine du Gobelin que portent les deux amis. “C’était déjà en gestation depuis un moment aussi.” Un support papier rempli de fun et d’espoir. “Si on avait pu le faire gratuit, on l’aurait fait aussi, car ça fait partie de notre ADN.” Mais la réalité économique rattrape les deux amis.

Le déclencheur de cette première parution ? “Il règne un climat de morosité tellement puissant, on veut essayer d’apporter un peu de lumière et de perspectives, montrer que tout n’est pas pourri, et rigoler. Mettre en avant du positif, de la bonne humeur. C’est en fait la même idée qui nous a portés pendant le Covid, quand on a fait des émissions tous les soirs pour que les gens ne se sentent pas seuls : on voulait déjà proposer un espace de bienveillance et de rigolade.” Et Romain de poursuivre : “On a une vision très pessimiste de l’avenir, on voit que ça va être de pire en pire et qu’un jour ça va se casser la gueule, alors on voudrait déjà créer des communautés pour l’après”. Pierre ajoute : “On plante les graines d’un monde de demain. On voudrait créer des solidarités, des réseaux locaux de coopération. Si le Gobelin peut être une sorte de catalyseur de tout ça, ça serait top !” 

Si le projet de base était de créer des connexions extérieures, aujourd’hui, c’est de créer des connexions autour du Gobelin. “Le territoire est plein de forces vives. L’idée est de les fédérer, montrer qu’un autre monde est possible et le construire avec les Gobelinous !”

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *