Portraits

Marie et Pascal, maraîchers reconvertis, défenseurs du bio pour tous

Ils ont fondé Les Sens de la Terre. Marie Bailleul et son compagnon Pascal Thavaux ont quitté le domaine de la métallurgie et se sont reconvertis en maraîchers bio. Proposer des produits de qualité, locaux et de saison, à des prix justes, est leur credo, pour favoriser le bien manger pour tous.

Suite à son licenciement en 2016, Marie Bailleul songe à une reconversion. Ingénieure chimiste, la trentenaire en a marre de l’industrie, de la pression, et du manque d’humain. Si son premier souhait était de devenir fleuriste, les deux ans d’école obligatoires l’en dissuadent. Nouvellement installés dans leur maison de Gonnehem, elle et son compagnon Pascal Thavaux démarrent un potager durant l’été. “Ça m’a bien occupé en juillet et août”, se souvient Marie. Qui se retrouve avec un surplus qu’elle décide de vendre sur Le Bon Coin. Les échanges avec ces clients estivaux sont la révélation. “On parlait des prix trop élevés, de la difficulté de trouver des produits de qualité.” Alors : “pourquoi ne pas faire des légumes ?”


Pascal l’accompagne dans les démarches administratives, en parallèle de son activité dans le domaine de la métallurgie, mais ils se retrouvent rapidement confrontés au problème de la terre agricole : sa rareté et les coûts très élevés. Finalement, ils trouvent une parcelle en mars 2017. Mais là, le “parcours d’installation” d’agriculteurs devient un véritable parcours du combattant. Pour autant, Marie ne se décourage pas et obtient enfin l’autorisation de démarrer en novembre 2017. “Mais nous n’étions pas au bout de nos surprises !” Leur demande d’installation de serre sur leur parcelle est refusée, car celle-ci se trouve en zone naturelle. Mais c’est finalement une belle opportunité qui se présente : la personne qui leur avait cédé leur terre leur laisse un nouveau morceau de parcelle et comme celui-ci est en jachère, Marie peut directement s’installer en bio !

Pascal quitte vite ses anciennes fonctions pour prêter main forte à Marie. Lui aussi souhaite changer de vie. Les grands-parents des nouveaux maraîchers étaient issus du monde agricole, c’est donc pour lui aussi “un monde qu’il connaissait”.

Mais un nouveau coup dur arrive : alors que leurs premières cultures auraient dû sortir, la parcelle de Marie et Pascal est inondée et ils perdent toutes leurs récoltes de printemps en une journée. Les premières ventes peuvent enfin se réaliser en juin 2018, mais l’année reste difficile, tout comme la suivante.

En 2020, malgré la Covid, le bilan est finalement plutôt positif : le couple commence à travailler avec une coopérative et la clientèle se fidélise. “On a commencé à trouver un peu d’équilibre et à monter en puissance.” Et ainsi progressivement, chaque année. En 2024, c’est désormais 7 hectares qu’ils cultivent (contre 1 en 2017), dont 5 000 m² de serres ! Cela permet des rotations : la terre doit être laissée au repos sinon elle s’épuise et il n’y a plus de rendement. Ils atteignent ainsi leur rythme de croisière. 

 “La vente au détail, c’est une espèce de bouffée d’oxygène : on aime les échanges avec les clients, c’est gratifiant. Les ventes du samedi, c’est capital pour nous.”

Marie Bailleul

Un métier pluridisciplinaire

Pascal et Marie comptent différents circuits de distribution. Parmi leurs clients, au-delà de la coopérative et des particuliers, on trouve collège et restaurants. Ils participent également au Programme alimentaire territorial de la Communauté d’agglomération Béthune-Bruay Artois Lys romane et distribuent des paniers à prix attractifs pour un public cible sur le territoire. À chaque client, une méthode de travail et des conditionnements différents. “On ne s’ennuie pas !” rit Marie.

Sans compter qu’ils ont aussi à faire leur comptabilité, les impôts, la TVA – “il y a aussi la taxe patates !” -, les déclarations PAC, la commande des plans, la planification des saisons, les audits pour le bio, le cahier de suivi des cultures, de traçabilité… La planification pour la coopérative demande également beaucoup de temps. “On croule sous les papiers. C’est un métier pluridisciplinaire : il y a la phase terrain, celle administrative, la communication… En fait, c’est une véritable entreprise !” souligne Marie.

Leur nouveau métier est un métier passion : “Les maraîchers sont soumis à de nombreuses contraintes, c’est très dur de se tirer un salaire. C’est un travail du quotidien, il ne faut rien lâcher !” La vente au détail représente donc pour eux “une espèce de bouffée d’oxygène : on aime les échanges avec les clients, c’est gratifiant. Les ventes du samedi, c’est capital pour nous.”

Depuis l’an dernier, l’inflation a aussi “énormément pénalisé” Marie et Pascal. Pourtant, leurs prix de vente n’ont pas augmenté. “On aurait des scrupules à le faire, même si ce serait justifié.” Alors le couple a travaillé pour réaliser des économies, notamment avec le réemploi et en investissant dans du matériel pour une meilleure distribution de l’engrais.

Le bio dans leurs convictions

“En démarrant, notre choix, c’était d’abord l’agriculture raisonnée, mais on a eu cette opportunité de débuter en bio, et le bio, c’est vraiment nos convictions, insiste Marie. Je viens de l’industrie chimique ; j’ai beaucoup travaillé en laboratoires au départ. J’y ai manipulé des produits très dangereux. J’ai perdu une partie de mon odorat, je suis sûre que c’est à cause de ça. Mon choix du bio, c’est peut-être aussi parce que je sais ce que c’est que le chimique, parce que j’ai baigné dedans que je suis plus sensibilisée à tout ça.” Elle ajoute : “Pascal est aussi très à cheval là-dessus. Il a grandi à la campagne (il est originaire de la Bourgogne), il adore cuisiner, le fait maison… On est tous deux sensibles au bien-vivre. D’ailleurs, on a d’abord cherché à habiter une ferme, avant même notre projet d’agriculture, pour un retour aux sources.”

Pour autant, Marie souligne : “On ne regrette pas ce qu’on a fait avant, car sans ce bagage d’études et sans notre parcours, on n’en serait pas là aujourd’hui.” En effet, Pascal s’appuie sur son expérience de gestion d’entreprise, sa culture de l’investissement… “Il a cette partie entrepreneuriat, économie, planification, juridique…” Marie, elle, est forte de son expérience de responsable qualité, et maîtrise la partie administrative. “Il faut savoir être multitâches quand on est agriculteurs, et tout notre vécu nous permet d’avancer !”

Fait amusant : lors de son Deug de biologie, Marie avait passé sa première soutenance sur le thème de l’agriculture bio, sujet libre qu’elle avait choisie à l’époque, sans se douter que quelques années plus tard, cela deviendrait son domaine d’activité.

Mais quelle est la différence entre l’agriculture bio et l’agriculture conventionnelle ? “Ce qui justifie cette différence, c’est le temps passé à désherber et entretenir, et le fait d’avoir moins de rendement. En conventionnelle, il n’y a que de la machine.” Et le désherbage et l’entretien des parcelles sont essentiels pour garantir les récoltes. Marie ajoute : “Dans l’agriculture conventionnelle, ce sont des espèces dopées. Nous, on utilise des semences paysannes, beaucoup moins performantes” en rendement, mais aux nombreux autres atouts.

Miser sur le local de saison

En plus de leurs fruits et légumes, et des œufs de leurs poules, Marie et Pascal proposent aussi à la vente des soupes, confitures, ratatouilles, cornichons, ketchups… Un véritable plaisir pour Marie, qui aime tester de nouvelles recettes, et valorise ainsi les éventuels surplus. Elle prépare aussi des plants pour la vente : un autre plaisir que de semer, voir pousser… “Je voulais être fleuriste, rappelle-t-elle en souriant, donc j’aime les plantes… En plus, dans les jardineries, on ne trouve plus de local, c’est beaucoup de produits venus de Hollande, c’est dommage.” Elle mise sur le local, et de saison : “Les seront en plus bien plus résistants.” Elle regrette ce savoir qui se perd, avec l’automatisation, les gros volumes… De manière générale, “les métiers ont été tués pour toujours plus de profit, et le local aussi. Même si on voit fleurir les drapeaux français et le mot “local” partout”, ironise-t-elle. Avant de glisser, toujours en parlant du marketing : “ça devient glorifiant de mettre sur les emballages “œufs pondus en plein air”, alors que c’est juste normal !” Elle évoque ensuite tous les additifs dans les produits qu’on retrouve en grandes surfaces. “Tout ça nous fait bondir ! C’est pour ça aussi qu’on fait beaucoup nous-mêmes. Pascal fabrique des saucisses, du jambon, du saumon fumé…” La maraîchère partage alors un souvenir : “Quand on s’est installés en bio, on a vu à la télé les pubs pour les Chocapic bio. On s’est alors dit “le bio est mort”. Tout le monde s’est engouffré dedans… La grande distribution a tué le bio. S’il y a de telles différences de prix entre des produits, ce n’est pas par hasard.” Marie et Pascal n’auront de cesse de défendre le bio de qualité, accessible à tous.

  • Retrouvez Marie et Pascal au 7 rue de la Place de Busnettes à Gonnehem ou à la gare de Béthune, lors des ventes hebdomadaires le samedi de 10 h à 12 h. Opération “click and collect” à Gonnehem le mercredi de 18 h à 19 h (sur commande uniquement). Tous les produits disponibles sont mis en ligne sur leur page Facebook : Les Sens de la Terre.
  • Contacts : 06 45 04 78 72 ou mariebailleul@yahoo.fr

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *