Portraits

Les Voix vertes du Ternois, comme lanceurs d’alerte sur l’environnement

Crédit photo : Le Gobelin du Ternois

Dans le Ternois, un collectif de citoyens s’est créé pour défendre des valeurs écologiques et mener la lutte contre le changement climatique. Créées en 2022, les Voix vertes du Ternois enchaînent les combats. Rencontre avec Michel Feutry, son représentant.

Michel Feutry, 68 ans, a la fibre écolo. “Je suis un ancien technicien agricole : j’ai vendu des poisons, Roundup, etc. ! À l’époque où le mec de Monsanto disait qu’on pouvait le boire…  J’étais jeune et j’avais besoin d’un boulot… Mais j’ai vite viré ma cuti”, sourit l’homme, qui mangeait déjà bio à ce moment-là.  Après un congé parental, Michel Feutry crée sa société avec ses copains. Il vendra des produits bio pendant 30 ans. Ancien objecteur de conscience, militant anti-Le Pen – “On a fait un jeûne de 3 jours et 3 nuits contre Marine le Pen” -, le désormais soixantenaire a un sacré passé d’engagement derrière lui, et ne semble pas près de s’arrêter.

Ainsi, depuis 2022, il est le représentant de l’association des Voix vertes du Ternois. À l’origine de ce collectif : un projet de véloroutes controversé, porté par le Département du Pas-de-Calais, et dévoilé… dans le Gobelin du Ternois ! Si Michel Feutry est favorable à ce genre d’initiatives, il découvre dans le journal en ligne que le tracé menace notamment la voie verte entre Saint-Pol et Auxi-le-Château, un sanctuaire pour la biodiversité. “Le projet de véloroute en soi est une bonne idée, c’est le tracé qui me heurtait.” En échangeant avec d’autres habitants, une idée de pétition émerge et un collectif de 5 ou 6 citoyens se forme. Une fois en ligne, la pétition récolte plus de 2 000 signatures ! Le collectif sollicite le Gdeam (Groupement de Défense de l’Environnement de l’Arrondissement de Montreuil et du Pas-de-Calais) qui leur conseille alors de se constituer en association : Les Voix vertes du Ternois, nom trouvé par Frédéric Carette, en référence aux voies vertes, bien sûr. “Mais on ne l’a pas uniquement créée pour le tracé des véloroutes : c’est une association environnementale, qui intègre toute l’écologie, qui agit pour la lutte contre le changement climatique dans sa globalité.” 

Une légitimé sur le territoire

Distribution de tracts dans les communes concernées, lancement d’une deuxième pétition, campagne de cartes postales… Le collectif n’a pas chômé et a même gagné une certaine légitimité : “On a été invités à participer aux comités de pilotage par le Conseil départemental, on a été pris en compte sur ce sujet.” Concernant ce premier combat des véloroutes, “il est gagné aux ¾”, estime Michel Feutry. “Je pense qu’on a une part importante de responsabilité car on a éveillé les consciences”, mais l’homme n’oublie pas non plus les élus du territoire qui se sont emparés du sujet. “Le tracé originel passait sur l’ancienne voie ferrée Saint-Pol/Auxi ; maintenant, il passe là où les communes en ont absolument voulu… On a encore 7 km à sauver”, annonce-t-il. Michel Feutry considère ces premières actions comme “le baptême du feu” de l’association. 

“Nous, on a éveillé les consciences. Nous sommes des lanceurs d’alerte”

Michel Feutry, porte-parole des Voix Vertes du Ternois

Fin 2023, le collectif a été alerté sur un rejet d’eau sale dans “le bois de la ville”, à Saint-Pol-sur-Ternoise, en provenance d’Ingredia, usine de produits laitiers. Cette eau va ensuite directement dans la Ternoise. Philippe Gallez et Michel Feutry se sont alors mobilisés : relevés de température de l’eau entre novembre 2023 et janvier 2024, prise de photos et de vidéos, puis contacts avec l’OFB (l’Office français de la biodiversité), en lien avec la Dreal (la Direction régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement). Si l’eau continue d’être trop chaude, il n’y a aujourd’hui plus d’odeur et elle est plus propre. “On voit qu’on a quand même un impact, on a bien fait d’intervenir. On continue à suivre le sujet et il y aura un suivi dans la durée. On préviendra peut-être la Préfecture aussi, qui donne la dérogation pour le droit à polluer.”

Des adhérents préoccupés par l’avenir de leurs enfants

En parallèle, le combat actuel se concentre sur le circuit de Croix-en-Ternois. « Pour l’instant, on travaille juste sur le côté pollution sonore. » Environ 500 tracts (une enquête sur le ressenti du bruit) devaient être distribués dans les communes alentour : Siracourt, Ramecourt, Gauchin-Verloingt, mais aussi à Croix et dans les rues les plus proches de Saint-Pol. Fin mars, l’association avait déjà récolté plusieurs dizaines de réponses : “On ne s’attendait pas à autant de retours ! Majoritairement, les gens sont gênés par le bruit.” Des riverains saluent l’initiative, d’autres soulignent la pollution de l’air qui existe aussi. “Pour l’instant, on s’attaque à ce qui est le plus perceptible. On va s’appuyer sur les retours pour reprendre contact avec les élus.” Des courriers avaient en effet déjà été adressés au directeur du circuit, ainsi qu’aux maires de chaque commune touchée par le bruit, et à la Préfecture, mais étaient restés sans réponse. “Quand on compare avec d’autres circuits, on dirait qu’à Croix, ils ont tous les droits en termes d’horaires d’ouverture, de bruit… On va demander la pose de sonomètres autour du circuit.” L’objectif de cette démarche n’est pas de faire fermer le circuit, “contrairement à ce que disent nos détracteurs”, mais simplement de faire diminuer le son, “que les gens puissent tranquillement prendre l’apéro dans leur jardin !”

Après un an et demi d’existence, le bilan de l’association est positif. “On compte environ 500 followers sur Facebook. On est reconnus par certaines autorités, comme le Département, l’intercommunalité…” Les Voix vertes comptent désormais une quarantaine d’adhérents… pour une moyenne d’âge de 40 ans ! Parmi les membres, “globalement, des gens préoccupés par l’environnement, le réchauffement climatique et l’avenir de leurs enfants et petits-enfants”. Des groupes de travail sont constitués, notamment sur la mobilité douce (marche et vélo). Dans les cartons : une nouvelle participation au prochain festival Les carottes sont cuites (ou presque !), porté par le collectif Bière et paix, une sortie dans “le bois de la ville” en juillet à l’occasion du Festival de l’arbre, organisé par le Gdeam, une projection au Régency… Et Michel Feutry de conclure : “Nous sommes des lanceurs d’alerte : on met les choses sur la place publique !”

Contact : Facebook/Les Voix vertes du Ternoislesvoixvertesduternois@laposte.net

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