2021 : les origines
Un soir de 2021, encore en pleine crise sanitaire, après avoir consulté Instagram, une sourde colère s’est emparée de moi. J’avais besoin de l’extérioriser et voici ce que j’avais alors écrit. De cette colère naîtrait l’idée de ces portraits, et de ce blog pour les partager. Et c’est finalement bientôt 3 ans plus tard que cela se concrétise, grâce au magazine du Gobelin.
Mais dans quel monde vit-on pour que certains soient payés pour se prendre en photo, eux, leur bouffe, leur chat, chien, enfant, arc-en-ciel, nuage gris, plage beige, pour que certains soient payés pour donner leur avis sur tout, nous dire ce qu’on devrait acheter en nous faisant croire que notre vie ressemblera ensuite à un parfait profil Insta aux filtres de vie artificielle, pendant que d’autres crèvent de froid et de faim dans la rue, ou triment comme des dingues pour nourrir leurs gosses sans réussir à boucler les fins de mois et vivre décemment ?
Qu’est-ce que c’est que ce monde de cons où on adule des gens qui font des vidéos de 30 secondes avec un effet à la con où on les voit changer de tenue, décorer un sapin de Noël, j’en passe et des meilleures, pendant que les soignants luttent contre la Covid depuis un an sans pouvoir prendre de congés alors que les gens, égoïstes, ne pensent qu’au fait que “oh mon dieu, je peux même plus prendre l’apéro avec mes potes en terrasse, putain”. Les gens ont besoin de légèreté ? De rêver ? Levez le nez de vos écrans et regardez vos enfants jouer, un bout de ciel bleu, parenthèse enchantée. Pour rêver, suivez les initiatives des femmes et des hommes qui se réinventent pour sauver le monde, qu’on est en train de tuer, en consommant toujours plus parce qu’un jeune qui n’a jamais rien fait d’autre que se créer un profil Instagram vous a dit d’acheter. Et c’est celui-là même qui viendra vous faire la leçon si vous osez critiquer son “métier” parce que vous, monsieur, madame, vous n’avez rien compris à son travail, à ce que ça lui demande comme temps, comme investissement ?
Non mais vraiment, dans quel monde vit-on quand “ces gens-là” ont plus d’importance et d’impact que des gens bienveillants qui, jour après jour, essaient de faire bouger les choses à leur façon. Comme deux amies dans le Ternois qui essaient d’éveiller les consciences et invitent chacun à repenser sa façon de faire au quotidien. Sans injonction. Sans jugement. Comme une mère de famille qui se tue le cœur et le cerveau à petit feu à son boulot qui la plombe mais trouve encore en rentrant chez elle le soir le courage et surtout l’envie de transmettre le meilleur à ses filles. Comme des bénévoles qui trouvent le temps de s’occuper des exilé(e)s et partagent avec eux amour et fraternité. Comme ces exilé(e)s qui ont eu le courage de traverser l’horreur pour quitter l’enfer et qui nous donnent, eux aussi, plus que ce qu’ils n’ont.
Suis-je une jeune vieille réac de 33 ans qui n’a rien compris à la vie ? Au monde “moderne” qui l’entoure ? Qui ose critiquer tous ces “influenceurs” ô combien sacrés ? Ces “influenceurs” qui désignent leur “communauté” comme une meute de chiens fidèles et bien dressés, prêts à colorer le cœur à la moindre publication, assurant des revenus à son maître.
Suis-je vraiment la seule à penser que tout ça ne rime à rien ? Qui s’insurge face à ce phénomène incroyable qui fait que 15 secondes d’images de fringues, bouffe, délire perso, ont plus de portée que les messages de ceux qui veulent faire changer le monde ?